Dana et le désert oriental

De la forêt de genévriers à 1500 mètres aux fresques omeyyades du désert oriental, deux Jordanies des marges que notre équipe combine en une traversée cohérente.

Dana et le désert oriental forment deux mondes que tout sépare en apparence, mais que nous combinons régulièrement dans nos itinéraires car ils racontent ensemble la Jordanie des marges : celle des éleveurs bédouins, des caravaniers omeyyades et d'une biodiversité que la steppe protège mieux qu'on ne l'imagine. La réserve de biosphère de Dana, créée en 1989 et gérée par la RSCN, dévale de 1500 mètres sur le plateau d'Edom jusqu'à 50 mètres sous le niveau de la mer dans le Wadi Araba. En 14 kilomètres à vol d'oiseau, quatre zones bioclimatiques se succèdent : forêt méditerranéenne de chênes et de genévriers en haut, steppe irano-touranienne, désert saharo-arabique, puis enclaves soudaniennes au fond du wadi. Cette compression altitudinale explique la présence simultanée du bouquetin de Nubie sur les corniches, du caracal dans les acacias du bas et du vautour percnoptère qui niche sur les falaises de grès.

Le village de Dana lui-même est un hameau ottoman du XVe siècle, abandonné dans les années 1960 quand ses habitants sont descendus à Qadisiyah pour travailler à la cimenterie. Une partie des maisons en pierre sèche a été restaurée par la RSCN, qui y exploite la Dana Guesthouse et finance les patrouilles anti-braconnage par les nuitées des voyageurs. Plus bas dans le wadi, le Feynan Ecolodge, éclairé uniquement à la bougie, est tenu par les hommes du clan Ammarin et fonctionne à l'énergie solaire. Les femmes du village vendent du café à la cardamome et des bijoux en argent sur la terrasse. C'est l'un des rares endroits du pays où l'argent du tourisme reste véritablement dans la communauté qui vous accueille.

À 200 kilomètres au nord-est, le désert oriental change de logique. On y entre par la route 40 depuis Amman, en direction d'Azraq et de la frontière irakienne. Le paysage devient un hammada de cailloux noirs basaltiques, le Harrat al-Shaam, ponctué de relais caravaniers omeyyades du VIIIe siècle que l'on appelle improprement châteaux du désert. Qasr Amra, classé à l'UNESCO en 1985, conserve des fresques profanes qui montrent des scènes de chasse, des baigneuses et un zodiaque peint sous une coupole : un témoignage rare de l'art figuratif islamique des premiers Omeyyades. Qasr Kharana, plus austère, n'est probablement pas un fort militaire malgré son apparence, mais un caravansérail ou un lieu de réunion tribale. À Azraq, l'oasis qui faisait vivre la région s'est presque tarie depuis les années 1990 à cause du pompage pour alimenter Amman ; il subsiste une zone humide de 12 km² gérée par la RSCN, point de halte migratoire pour les échasses blanches et les hérons pourprés au printemps.

C'est aussi ici, dans le fort romain de Qasr Azraq construit en basalte noir, que T. E. Lawrence a passé l'hiver 1917 avec les troupes de l'émir Fayçal avant la prise de Damas. La pièce qu'il occupait au-dessus de la porte sud se visite. Plus à l'est encore, vers la frontière saoudienne, les Bédouins Bani Sakhr font paître leurs chameaux sur les rares pâturages d'hiver. Notre équipe travaille avec deux familles qui proposent des campements en tentes noires en laine de chèvre, le mansaf au riz et au lait de brebis fermenté servi le soir, et une connaissance fine des pistes vers les Wadi Dahek et Burqu.

La région attire deux profils très différents : le randonneur, qui vient pour les sentiers balisés de Dana (de 3 km autour du village à 14 km pour la descente complète vers Feynan), et le voyageur curieux d'histoire, qui boucle les châteaux du désert en une journée depuis Amman. Nous suggérons rarement l'un sans l'autre, car la traversée à pied de la réserve, suivie d'une nuit sous tente bédouine près d'Azraq, donne une lecture cohérente de ce que signifie habiter les marges arides du Croissant fertile.

À découvrir

Descente du Wadi Dana vers Feynan. Sentier de 14 km qui passe en six heures de la forêt de genévriers à 1200 mètres aux acacias du désert saharo-arabique, avec nuit à l'écolodge éclairé à la bougie tenu par le clan Ammarin.

Fresques omeyyades de Qasr Amra. Petit pavillon de bains du calife Walid Ier décoré vers 730 de scènes de chasse, de musiciennes et d'un zodiaque sous coupole, classé UNESCO et accessible en boucle depuis Amman.

Fort de basalte noir d'Azraq. Qasr Azraq, construit par les Romains puis remanié par les Ayyoubides, où Lawrence d'Arabie a établi son quartier d'hiver en 1917. La pièce qu'il occupait au-dessus de la porte sud est visitable.

Bouquetins de Nubie sur les falaises de Rummana. Le camp de Rummana, ouvert de mars à octobre à 1300 mètres d'altitude, permet d'observer au lever du jour les harems de bouquetins sur les corniches de grès qui dominent le wadi.

Réserve humide d'Azraq au passage migratoire. Mars-avril et septembre-octobre, environ 280 espèces transitent par les 12 km² de zones humides survivantes : échasses blanches, hérons pourprés, parfois flamants roses sur les bassins centraux.

Quand y aller

Dana est une région d'altitude qui ne se traite pas comme le reste de la Jordanie. La meilleure fenêtre pour la randonnée court de mi-mars à fin mai, puis de mi-septembre à début novembre. À 1500 mètres sur le plateau, les températures diurnes sont alors de 18 à 24°C, fraîches le matin à 8-10°C, ce qui convient aux longues marches. L'été (juin-août) reste praticable en haut, mais la descente vers Feynan, où l'on atteint 38 à 42°C en journée, devient pénible avant 7h ou après 16h. L'hiver (décembre-février) apporte de la neige sur le plateau quelques jours par an et des nuits autour de 0°C ; certains hébergements ferment, mais le Feynan Ecolodge reste ouvert et constitue un refuge agréable à 20°C.

Le désert oriental autour d'Azraq suit un régime plus contrasté. D'octobre à avril, les températures diurnes oscillent entre 15 et 22°C, idéales pour les châteaux du désert. De juin à août, la chaleur sèche dépasse régulièrement 40°C et la lumière dure de midi écrase les fresques de Qasr Amra. Nous évitons aussi les vendredis du printemps, où les sites les plus proches d'Amman accueillent les familles jordaniennes en pique-nique.

Conseils pratiques

Nous recommandons un minimum de deux nuits à Dana pour justifier le détour : une au village ou à Rummana, une à Feynan après la traversée. Trois nuits sont préférables si vous souhaitez enchaîner deux randonnées et profiter du silence du wadi. Les châteaux du désert se bouclent en une journée pleine depuis Amman (220 km au total, route asphaltée), ou se combinent avec une nuit en campement bédouin près d'Azraq pour ceux qui préfèrent fractionner. Le point d'entrée logistique est Amman, à 2h30 de route au nord de Dana par la King's Highway, ou 3h par l'autoroute du désert plus rapide mais sans intérêt paysager.

Dana s'intègre naturellement entre Amman et Petra, en descendant la route du Roi, ce qui évite l'autoroute et ajoute Karak et Shobak en chemin. Les châteaux du désert se traitent en boucle au départ d'Amman avant ou après le Nord. Le confort à Dana reste rustique : les écolodges sont propres mais sans climatisation à Feynan, sans wifi fiable, avec restauration locale simple. Cette région convient au randonneur en bonne condition physique, au voyageur sensible aux questions d'écotourisme et de conservation, et au curieux d'histoire islamique pour le volet oriental. Elle est moins adaptée aux familles avec très jeunes enfants pour la partie marche, mais parfaitement praticable avec eux pour les châteaux et l'oasis d'Azraq.

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